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Le gros dossier

Annecy 2009

Annecy 2009
L’édition 2009 du Festival international du film d’animation d’Annecy s’est achevée le 13 juin dernier. Nous avons agrippé par le sous-pull (orange) Jean-Christophe Lie pour l’interroger sur sa première production poilante et… à poil, L’Homme à la Gordini, récompensé par le prix de la première œuvre et par celui du jury junior. A découvrir également dans ce dossier, EX-E.T., prix spécial du jury pour un film de fin d’étude.

Dans votre premier court-métrage, vous dépeignez un monde où les hommes vivent sans slips ni pantalons, et où ils sont contraints par la police du bon goût à porter des sous-pulls orange. Heureusement, l’homme à la Gordini résiste en perpétrant des « forfaits chromatiques ». Comment est née cette histoire complètement délirante ?
Jean-Christophe Lie : C’est parti de rêves que je faisais et dans lesquels je me baladais moi-même à poil. C’était très farfelu, très marrant mais très anecdotique aussi. A partir de ça, il s’agissait pour moi de développer une trame et de poursuivre cet univers absurde qui me tenait à cœur.

Comment avez-vous construit cette trame ?
J-C. L. : Je me suis d’abord concentré sur les personnages, en rebondissant de l’un à l’autre et, petit à petit, l’idée s’est mise en place. En ce qui concerne les couleurs, je voulais une ambiance « années 70 », inspirée du psychédélisme. Pour ça, l’orange convenait très bien car il était alors très utilisé avec le brun, le marron et le beige. Et, il y a cette Gordini bleue qui appartient à cette époque-là, et qui marchait bien en couleur complémentaire.

Avez-vous été traumatisé par les années 70 ?
J-C. L. : Non, pas vraiment car à la fin des années 70, j’avais 8-10 ans. Il y a peut-être un regard un peu nostalgique, mais surtout, attendri par ce côté kitsch et mauvais goût.

Le film est très drôle, pourtant le fond s’avère très politique puisque vous montrez une société totalitaire. Quel est le message de L’Homme à la Gordini ?
J-C. L. : Il y a une petite idée libertaire pour dénoncer une forme de dictature, même si nous n’en avons pas connu depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y aussi une stigmatisation du conformisme de la mode ou des goûts.

Pourquoi un des méchants a-t-il la tête de Bernard Tapie ?
J-C. L. : En fait, ce n’est pas volontaire, mais il me fallait un visage de prédateur. Sur le coup, je n’ai pas réalisé, je m’en suis rendu compte après coup.

Quand vous cherchez à dessiner une brute épaisse, ce sont les traits de Bernard Tapie qui viennent ?
J-C. L. : Oui, c’est marrant ! Mais c’est vraiment involontaire, de la même manière que l’homme à la Gordini ressemble à Johnny ou De Villepin.

Dans quelle mesure vos précédentes collaborations, Les Triplettes de Belleville, Kirikou et Les Bêtes sauvages, Nocturna, Peur(s) du noir, vous ont-ils influencé pour L’Homme à la Gordini ?
J-C. L. : Ça m’a beaucoup influencé dans le sens où ces expériences étaient complémentaires. J’ai particulièrement apprécié la période où je planchais sur Les Triplettes de Belleville parce que je sortais de chez Disney où c’était très hiérarchisé. Et, même si j’y ai appris énormément au niveau du dessin, c’est au moment des Triplettes que j’ai réellement travaillé l’animation. On en ressent d’ailleurs les influences graphiques sur L’Homme à la Gordini. Puis, plus récemment, il y a eu Peur(s) du Noir, où j’étais assistant réalisateur sur le segment de Blutch, dont j’adore le graphisme. Là aussi, j’ai beaucoup appris en essayant de trouver des solutions à certains problèmes de mise en scène.

Dans quel état d’esprit avez-vous conçu cette première œuvre ?
J-C. L. : Dans la bonne humeur, même si ça m’a pris du temps. J’ai commencé par y consacrer une partie de mes week-ends, il y a 6 ans. En termes de financement, ce fut un long chemin entre la CNC, les aides de la région, le préachat des chaînes, etc. Lorsque cela s’est concrétisé, je me suis dit : « Je fonce, c’est génial ! Je peux enfin faire un truc à moi ! »

Pourquoi avoir opté pour l’animation traditionnelle ?
J-C. L. : C’est un plaisir pour moi de travailler sur le papier. Certains éléments auraient pu être traités en 3D, notamment les voitures. Mais, pour des raisons financières, tout est en 2D. Au final, je suis content car c’est plus cohérent.

Bill Plympton, par exemple, et ses courts-métrages entièrement « faits main », compte-t-il parmi vos influences ?
J-C. L. : Oui, j’ai adoré les courts-métrages de Bill Plympton, qui constituait une référence quand j’étais à l’école de l’image des Gobelins, parce que c’est du papier tradi. J’ai beaucoup aimé aussi le travail de Joanna Quinn, en particulier le court-métrage qu’elle a réalisé sur Toulouse-Lautrec.

D’autres influences ?
J-C. L. : J’aime Goossens, Boucq, De Crecy et Chomet. J’affectionne particulièrement ces auteurs dont le style de graphisme est semi-réaliste. Ce sont les influences majeures pour L’Homme à la Gordini. Je suis aussi passionné par les auteurs de L’Association et de Futuropolis.

Vous citez beaucoup d’auteurs de BD !
J-C. L. : Avec ce style semi-réaliste que j’ai adopté, beaucoup me disent que ça fait très BD. Dans l’animation, la grosse tendance est à l’utilisation de la 3D ou de logiciels comme Flash. Du coup, on associe peut-être plus facilement la 2D à ( ?) la BD.

Ce n’est pas forcément négatif, au contraire, ça donne du caractère au graphisme, avec un style plus européen !
J-C. L. : Tout à fait d’accord ! Quand je travaillais en Angleterre, on me disait que mon travail était « very frenchy » ! Il est vrai que je suis influencé par ce trait « rough » à la façon d’un De Crecy ou d’une Joanna Quinn, même si elle est anglaise. On s’éloigne de la ligne claire belge et l’on se rapproche effectivement d’un style assez français.

Et l’on s’éloigne également des blockbusters américains, qui, s’ils sont des petits bijoux d’animation, ont, avec la 3D, tendance à s’uniformiser sur le plan graphique ?
J-C. L. : Oui, je ne suis pas pour ! La 3D pourrait être utilisée judicieusement, mais ça donne malheureusement l’impression de voir des jouets manufacturés conçus avant l’histoire.

Les prix récoltés à Annecy vous offrent-ils des opportunités ?
J-C. L. : Pour moi, être sélectionné à Annecy était déjà une victoire. En outre, avec ce prix de la première œuvre, le film sera encore plus vu, grâce à une avalanche de demandes dans les festivals. Je suis aussi très heureux du prix du jury juniors, parce que s’agissant d’enfants de 10 à 14 ans, ça me semble un prix super authentique. Je pensais m’adresser à un public plutôt ado/adulte, mais les plus jeunes ont adhéré. Ça m’a fait très plaisir ! Comme quoi, on peut facilement montrer des zizis sans choquer !

Propos recueillis par Laurent Assuid

Toutes les infos sur L’Homme à la Gordini sur le site de Prima Linéa : http://www.primalinea.com/Gordini/

Interview vidéo de Jean-Christophe Lie sur dailymotion (réalisée par jeunescineaste.net) : http://www.dailymotion.com/video/x9…

Site du Festival international du film d’animation d’Annecy : http://www.annecy.org

Publié le jeudi 2 juillet 2009

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